Une légère tension, en continu.

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Juan Pablo Serrano Arenas, image tirée de Pexels

J’ai installé mon portable sur une table surélevée, de sorte que lorsque je suis debout, j’ai les avant-bras en appui pour écrire, sur cette table. Ce qui fait que l’écran est devant mon cœur, et que je l’ai incliné pour qu’il soit sensiblement à hauteur de mon regard. Debout, je dois rester bien éveillée sur mes deux pieds pour écouter, lire ou écrire.

J’étais en train d’écouter une formation en ligne, ce matin, debout devant mon écran d’ordinateur. Cela m’a frappée comme un éclair. Impossible de vraiment se délester de la tension quand on est debout. Alors qu’en position assise, surtout si je suis adossée contre un bon coussin moelleux, je m’abandonne de toute ma pesanteur et je peux facilement sombrer dans un demi-sommeil, c’est le contraire en position d’attention…debout.

Il existe en permanence une tension musculaire pour rester debout, surtout si la verticale n’est pas alimentée par le mouvement des jambes, des pieds, des bras. Ce qui m’a frappée comme un éclair est le lien qui s’est établi tout seul : Monique Deschaussées.

J’ai rencontré cette femme vigoureuse et peu banale lors de la préparation de mes concerts, quand j’étais étudiante aspirant à la maîtrise en piano classique, à l’Université de Montréal. Monique Deschaussées, d’abord élève des grands maîtres Cortot et Fischer, s’est ensuite tracé une voie comme pédagogue du piano. J’ai suivi quelques ateliers avec elle dans le but d’améliorer mes sensations techniques au piano.

Elle nous enseignait des exercices musculaires des doigts, de toute la main, du poignet, entre autres. C’est le souvenir d’un de ces exercices, particulièrement exigent, qui s’est imposé de façon fulgurante ce matin. Je devais garder la main bien arrondie, en forme de pomme, avec chacun des bouts de doigt légèrement en contact avec la table, comme tous les débutants l’apprennent au piano. Je devais ensuite m’assurer que chacun de mes avant-bras soit bien supporté sur la table et que mon corps soit déposé sur les ischions, comme sur un banc de piano, tout en préservant une position de redressement de la colonne vertébrale. Tout en étant très détendue, je devais maintenant appuyer sur un seul bout de doigt en contact avec la table et arriver à soulever le doigt jusqu’à son « toit », c’est-à-dire son attache phalangienne avec le métacarpe correspondant. Ensuite, lorsque l’effort était complété, je devais relâcher ce poids mais JAMAIS COMPLÈTEMENT, de telle sorte qu’un état de sous-tension était présent constamment. Et je devais m’habituer à vivre avec cet état de vigilance qui supportait l’effort. Ensuite, il y avait de 50 à 100 répétitions par doigt d’une main, puis de l’autre.

Ce qui était excessivement difficile pour moi était non pas l’effort lui-même, ni les nombreuses répétitions. Mais c’était d’arriver à conserver un état de tension minime en permanence. NE PAS RELÂCHER COMPLÈTEMENT. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

La tentation humaine à notre époque est de s’avachir aussitôt qu’on a fait un effort. Et c’est exactement ce qui m’a frappée ce matin, devant l’ordinateur. Alors que je m’imposais de rester détendue en position debout, je me suis aperçu qu’un véritable état de détente sous entend une vigilance imperturbable.

Pourquoi je vous partage ça ?

Parce que ça a tellement de bon sens : on se « force » à bien manger toute la semaine et le samedi soir, les chips, les grignotines au bbq, le vino coule à flots à l’apéro, le souper est copieux et la grosse tarte de ma tante est au programme pour dessert. Et on trouve ça normal. Parce que la plupart d’entre nous laissons tomber toute vigilance dès que la semaine est finie ou que la ligne d’arrivée est franchie.

Je n’ai pas de recettes parce que je n’ai pas de livre à vendre. Mais je sais ceci parce que je l’ai appris dans mon corps. Ce qui épuise n’est pas l’effort, n’est pas non plus la vigilance et la direction vers un but choisi avec passion. Ce qui épuise est l’arrêt complet de toute direction, la mise à « off » complète qui suit un effort soutenu. Parce que l’arrêt n’existe pas dans le langage de la vie.

Alors, continuons.

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